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mercredi 12 novembre 2014

BOCHES DU NORD

En recherchant les causes du déménagement de mon arrière-grand-mère paternelle et de ses enfants, alsaciens émigrés en 1901, de Saint-Dié des Vosges à Aix-les-Bains pendant la première guerre mondiale, j'ai découvert l'existence des "boches du nord".


 
De 1914 à 1918, plus de 2 millions de français originaires des dix départements occupés du nord et de l'est de la France, ainsi que près de 325.000 belges se sont réfugiés à l'intérieur du pays. Déplacés de force ou volontairement, pour fuir ou travailler, leurs situations et leurs statuts sont complexes.
Dès le début du conflit, les habitants des zones de front décident de fuir l'avancée allemande et les combats, colportant avec eux les rumeurs d'atrocités commises par les allemands.
D'autres sont évacués de force par les autorités ennemies dès 1915, ce sont souvent des femmes, des enfants, des vieillards ou des infirmes, la plupart des hommes étant au front. Cette population n'est plus considérée comme  réfugiée, mais comme rapatriée. En effet le Grand Quartier Général indique que "ceux ayant dû vivre sous la domination ennemie en pays occupé sont qualifiés de rapatriés lorsqu'ils sont renvoyés en France par les autorités allemandes".
Jusqu'au printemps 1918 lors de l'offensive allemande, les réfugiés affluent.
On leur reproche de ne pas avoir défendu leur territoire et on regarde les hommes en âge de combattre d'un œil suspicieux, perçus comme espions ou profiteurs. Les français se divisent alors en deux catégories, les réfugiés deviennent indésirables, méprisés et rejetés et l'insulte "boches du nord" devient la plus répandue. 

Evian les Bains - accueil des rapatriés 1917 (M. Lorée)
 
Pourtant les réfugiés ont été pris en charge dès leur arrivée par des œuvres caritatives, religieuses et laïques ou par des habitants qui les hébergent, les habillent et les nourrissent, en attendant que les pouvoirs locaux s'en chargent et leur octroient l'allocation journalière qui est versée aux familles de mobilisés. Peu d'hommes valides sont restés hors des zones de combat, il est donc facile de trouver à ces réfugiés des emplois agricoles ou ouvriers. Malgré tout, leurs conditions de vie sont difficiles. Les différences de langage, de coutumes mais aussi les mauvaises conditions de vie dues à la guerre, le chômage enveniment la situation et les rendent hostiles. Le versement de l'indemnité leur est contesté par les français de l'intérieur. Ceux qui fuient lors de la dernière année du conflit représentent le plus grand nombre de réfugiés. Méfiants les français les soupçonnent d'avoir été corrompus par les allemands, les replis communautaires sont nombreux.
Dès décembre 1918, lors de leur retour dans leur région d'origine où bien souvent ils ne possèdent plus rien, les réfugiés ne percevront que de maigres aides des pouvoirs publics qui engendreront chez eux un sentiment d'abandon.
 
LES REFUGIES DE L'EST EN HAUTE-SAVOIE
 
Près de 500.000 civils du nord et de l'est, femmes, enfants et vieillards, ont été évacués vers la Haute-Savoie par les autorités allemandes entre l'automne 1914 et 1918.
La ville d'Evian-les-Bains fut d'abord une station d'attente où transitaient ces rapatriés afin d'être envoyés vers leur destination finale puis dès 1917 elle devint le centre principal du dispositif d'accueil qui avaient été mis en place par les pouvoirs publics. La grande majorité de ce demi-million de réfugiés a été hébergé et soigné dans cette ville.
En marge des diverses commémorations du Centenaire de la Grande Guerre, Evian présente à la Maison Garibaldi jusqu'au 16 novembre, une exposition intitulée "Evian et le drame de la Grande Guerre : 500 000 civils rapatriés" évoquant cette période douloureuse de son histoire.
 
Pour ma part je n'ai pas encore trouvé les traces de ce rapatriement pour ma famille. Je sais seulement qu'ils ne sont jamais retournés chez eux. Les recherches sont longues et difficiles. Les Archives Nationales disposent de listes de réfugiés en série F23 "Services extraordinaires en temps de guerre",  mais il est très difficile de savoir dans quel dossier on trouvera une liste ou une indication. Des fiches familles ou individuelles ont aussi été établies lors de l'arrivée dans le département, mais ces documents ne sont pas toujours disponibles.
J'ai consulté les registres de décès de la ville d'Evian pour la période concernée. Le résultat est édifiant : 95% des 361 décès de l'année 1918 sont ceux de rapatriés, généralement des personnes âgées et de très jeunes enfants nés pendant la guerre.
J'ai entrepris de dresser une liste de ces victimes collatérales au fil de mes recherches, certaines réfugiées pour la seconde fois, car si beaucoup sont décédés durant leur rapatriement, certains ne sont pas retournés dans leur région d'origine et ont fait souche dans leur nouvel environnement.

Les petits réfugiés sur le quai de la gare à Evian (BNF)

 
 
 Sources : documents et reportages de l'ECPAD ;  "Les réfugiés français de la Grande Guerre, 1914-1920" P. NIVET ; "les déplacements de civils" http://expositionvirtuelle.memoire1418.org/ ;

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