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vendredi 4 mai 2018

GOUTTES DE SANG ET REHABILITATION DE L'EGLISE

En consultant les registres paroissiaux de Saissac dans l'Aude, voici un incident anodin mais qui a néanmoins obligé le prêtre à fermer l'église durant deux jours.
"Sera mémoire comme le huitième du mois d'avril 1670 à l'heure de trois heures après midi deux enfants se battant dans l'église, l'un qui était âgé de 10 ans donna un coup de pied sur le visage de l'autre. Il y eut 5 à 6 gouttes de sang répandu ce qui rendit la dite église polluée et nous fermâmes en   même temps et le lendemain neuvième d'avril envoyâmes au dit Monseigneur l’Évêque afin qu'il eut la bonté de réhabiliter notre église lequel serait fait la grâce à Monsieur Daoustet prêtre et recteur de la dite église de nous donner la commission pour réhabiliter la dite église ce que nous avons fait le dixième du dit mois d'avril à 7 heures du matin.
Vital d’Aoustet prêtre en la présence de R P Calvé, jacobin notre prédicateur, Jean Gardon notre vicaire, Derau recteur de saint Martin, Trémolines purgatorier, Mathieu Besaucèle viguier et juge, Guillaume Glories premier consul, Pol Andrieu deuxième consul"


Registre paroissial de Saissac - AD de l'Aude

Dans le répertoire universel et raisonné de jurisprudence civile, criminelle, canonique et bénéficiale de 1784, il est notifié que tout ecclésiastique encourt l'Irrégularité qui nait de la violation de quelque devoir ou d'un délit commis. Toutefois ceux qui célèbrent dans une église polluée n'encourent pas pour cela l'Irrégularité mais on ne distingue pas de quelle manière le lieu a été pollué.
On peut penser que malgré tout, Vital Daoustet n' a pas souhaité officier dans son église polluée. Les deux garnements quant à eux ont du se souvenir un moment de leur méfait...

mardi 24 avril 2018

LA MAISON DE POUPEE DE PETRONELLA OORTMAN

C'est en lisant "Le miniaturiste" de Jessie Burton que j'ai redécouvert l'existence des poppenhuizen, ces maisons de poupée que possédaient les riches allemandes et hollandaises au XVIème et XVIIème siècles, et dont la mode a été lancée au XVIème siècle à Nuremberg
A l'instar des hommes et de leurs cabinets de curiosité, leurs épouses créaient des maisons de poupée qui en plus d'une distraction, symbolisaient leur statut social : véritables œuvres d'art, elles reproduisaient fidèlement leur demeure. C'est en visitant le Rijksmuseum d’Amsterdam que Jessie Burton a découvert celle de Petronella Oortman, épouse d'un riche marchand de soie hollandais : une maison de poupée haute de 2,55m et large de 1,90m comprenant neuf pièces, reproduisant au détail près, dans les mêmes matériaux, l’intérieur d’une demeure hollandaise cossue du XVIIème siècle. Pour exemple, les assiettes qui font entre trois et six centimètres de diamètre ont été fabriquées sur commande en Asie.
Si les divers objets du cabinet de curiosités de l'époux pouvaient être appréciés dans un salon de réception, on devait pouvoir montrer aux visiteurs de la famille toutes les fonctionnalités de la demeure de leur hôte. La maison de poupée de Petronella possède en bas à droite le cabinet de curiosité de son époux.
Ces maisons, fabriquées sur commande et réalisées par des artisans, décorées avec des originaux, des peintures miniatures et des peintures murales commandées à des peintres hollandais, coûtaient parfois aussi cher qu'une vraie maison. Petronella aurait dépensé plus de 20.000 florins de l'époque, soit le prix d'une demeure le long d'un canal d'Amsterdam.


Maison de Petronella Oortman


Il existe quatre maisons de poupée dans les musées hollandais. La plus ancienne est celle de Petronella de la Court (1670-90) exposée au Centraal Museum à Utrecht. Celle de Petronella Oortman (1686-1710) et celle de Petronella Dunois (qui faisait partie de sa dot) se trouvent au Rijksmuseum à Amsterdam. Le Gemeentemuseum à la Hague abrite celle de Sara Rothé mariée à un riche marchand d'Amstel et qu'elle avait commandée à l'artisan Jan Meijjer avec la demande expresse de rajouter des pièces supplémentaires, le mobilier étant fabriqué par d'autres artisans.



Maison de Petronella Dunois



samedi 24 juin 2017

T comme TABLIER

Le tablier cumule trois fonctions dans l'habillement féminin : protection, symbolique et ornement. Le chanvre, les toiles rustiques, les tissus usagés réemployés sont les principales matières utilisées pour les grands tabliers des travaux ordinaires que l'on ceinturaient par des attaches ou une coulisse. Des poches sur le devant ou intérieures plus ou moins grandes complétaient le tablier.
La percale, le taffetas et la soie, des petits plis ou des fronces étaient choisis pour confectionner les tabliers longs et étroits des tenues de fête.
A la maison, il avaient plusieurs fonctions : protéger la robe, faisant office de gant pour retirer une poêle du fourneau, panier afin de transporter les légumes ou le petit bois jusque dans la cuisine...


Tablier de fête - Quimper

Le tablier est aussi vêtement de travail. En Provence, la poissonnière est vêtue d'un tablier avec de larges poches. Initialement ce tablier était fait de la toile épaisse des navires, de couleur écrue. Plus tard il sera confectionné dans un tissu plus résistant et sera de couleur noire.
La coutelière au XIXe siècle, portait un costume qui était en réalité son magasin de vente ambulant. L'élément essentiel de son costume était le tablier de travail appelé "poche à couteaux". En lustrine verte et doublé de cuir, sa particularité résidait dans ses trois ou quatre poches sur lesquelles étaient cousus ou sertis de gros crochets auxquels la coutelière suspendait son achalandage

Tablier de poissonnière - Marseille

Les crochets de tablier étaient utilitaires jusqu'au début du XXe siècle, c'est un objet typique des artisans. Bien visible et positionné dans le dos de l'artisan, il mettait en avant l'appartenance à une corporation. Les artisans s'en servaient pour attacher leur tablier en réunissant les deux liens, dont l'un était muni d'une boucle et grâce au crochet recourbé fixé sur l'autre patte, l'artisan maintenait son tablier serré autour de sa taille.


Crochet de la corporation des bourreliers

jeudi 22 juin 2017

S comme SARRAU et SOUQUENILLE

Avant l'invention de l'école et le port du sarrau par les écoliers, ce vêtement était déjà utilisé depuis plusieurs décennies.
Les différents dictionnaires de l'Académie Française au XVIIIe et XIXe siècles le définissent comme une espèce de souquenille que portent les paysans, les rouliers & les soldats. 
Au XXe siècle la définition change un peu est le sarrau est une  sorte de blouse que portent les paysans, les charretiers, etc., par-dessus leurs vêtements.
La souquenille est un long vêtement fait de grosse toile, que prenaient les cochers et les palefreniers pour s’en couvrir quand ils pansaient les chevaux. C'est aussi dans un autre registre un mauvais vêtement, une guenille, une loque.
La sarrau est donc une blouse de travail ample à manches longues, portée par-dessus les vêtements. De différentes couleurs, de différentes matières et de différentes utilisations : bleu, blanc, de toile bise, écrue ; sarrau de paysan, de peintre, de roulier, le mot sarrau est aujourd'hui utilisé pour nommer la blouse des chirurgiens.
Au XIXe siècle, les hommes portent un sarrau bleu en coton, en lin ou en chanvre. C'est le vêtement type de la classe ouvrière et agricole à cette époque. Selon si il est vêtement de fête ou de travail, quelques différences apparaissent dans l'ampleur et la longueur selon les régions. Il se porte au-dessus d'une camisole de laine ou de flanelle. Certains corps de métier se distinguent par une couleur de sarrau particulière.


Du sarrau des paysans
à celui des écoliers

mercredi 21 juin 2017

R comme RUBAN

Le ruban accessoire vestimentaire est une bande de tissu plus ou moins large qui sert à orner divers vêtements et chapeaux ou à retenir les cheveux. Le ruban a également été au cours du temps décorations militaires, religieuses, civiles, signet de missel, lacet de bijou, lacet de montre...
La rubanerie de luxe est très florissante au XIXe siècle et l'industrie de Saint-Étienne est un centre rubanier important.
Mais comme le bijou, le ruban est une parure identitaire signant la classe d’âge, l’appartenance sociale, politique ou religieuse de celle qui le porte. C’est aussi l’élément le plus distinctif du costume régional féminin provençal.
Lo "coulano" dans le costume provençal est d'abord un simple ruban de velours ou de soie qui s'est vite agrémenté d'une croix en or, croix Maltaise ou croix Maintenon. Les protestantes portaient au bout de leur ruban une colombe représentant le Saint-Esprit. Ces rubans pouvaient être brodés, parfois avec des fils précieux. 
En Bretagne, les croix étaient souvent portées sur de larges rubans en velours ornés de paillettes, la brillance étant censée réfléchir le mauvais sort.
La mode du tour de cou en ruban de velours se généralise au XIXe siècle où le ruban est utilisé seul ou comme support de pendentifs ou de croix.

Arlésienne aux oeillets - Antoine Raspal - musée Grobet-Labadié, Marseille

Tout comme les bijoux, les coiffes s’agrémentent de barbes c'est à dire rubans ou brides qui se nouent sous le menton, pendent ou sont remontées de chaque côté du visage.
En Savoie, le "tréchu" et le "cochenu" forment un ruban de velours noir de 3m50 de long pour natter les cheveux et former la "couache" (cheveux nattés et enroulés à l'arrière de la Frontière qui est une coiffe savoyarde elle-même garnie de rubans de soie).)
Le ruban de la coiffe provençale est un ruban de velours de soie à motifs sur fond satiné de 7,5 cm de large et de longueur variable uni, bicolore ou multicolore selon l'époque. Il s'enroule autour du peigne qui retient la chevelure et est maintenu par une épingle. Laissé flottant à son extrémité (le guidon) cette dernière est bordée de dentelle dans les costumes de fêtes.

Frontière savoyarde
Ruban arlésien



mardi 20 juin 2017

Q comme QUANTITE

Dans le trousseau de mariage, on trouve essentiellement du linge de maison et des vêtements : linge de corps (culottes, bonnets, bas...), de lit (draps, taies, housses...), de table (nappes, serviettes, torchons...) confectionnés et marqués pour durer toute une vie.
Dans les familles modestes, le trousseau est confectionné petit à petit par la mère et la jeune fille dès l'adolescence. Les différentes pièces nécessaires au trousseau sont achetées au fur et à mesure puis marquées à l'initiale du patronyme de la future mariée, celle du fiancé sera brodée plus tard à gauche de celle de la fiancée.
Dans les familles aisées, les étoffes sont choisies scrupuleusement. Le trousseau s'expose et est une fierté pour la famille car il donne une indication sur la situation financière et sociale de la future mariée. Il représente en général 5% de la dot mais son ampleur dépend de la fortune familiale. Le trousseau d'une famille aisée se compte par douzaine de pièces, pour les plus modestes par trois douzaines.
Au XIXe siècle, paraissent des manuels de savoir-vivre qui détaillent le contenu du trousseau idéal, en indiquant les quantités qui le constituent. Pour les modèles haut de gamme, il faut compter au moins "douze dizaines de chemises de jour, six douzaines en toile très fine et six en baptiste. Autant de chemises de nuit. Deux douzaines de jupons courts pour la promenade ; six jupons de bal en mousseline à longue traîne et douze jupons de robe de chambre..." (Le Guide des convenances, édité par Le Petit Écho de la mode, 1920).
Le futur marié fournit pour sa part son propre trousseau qui comprend seulement le linge de corps.

Voici l'inventaire d'un trousseau alsacien de 1788 :
-  6 jupes en toile, 4 jupes en bombasin, 2 jupes en demi-lin, 2 jupons,
- 10 devantiers, 4 corsages,  6 casaquins,
- 12 tabliers noirs, 12 tabliers blancs,
- 1 châle,
- 2 douzaines de chemises en chanvre et 2 douzaines en lin,
- 12 bonnets,
- 4 douzaines de mantelettes
- 1 douzaine de paires de bas
- 2 paires de chaussure, 2 paires de pantoufles
- 1 douzaine et demie de draps
- 1 douzaine nappes, d'essuie-mains
ainsi qu'un balle de chanvre et une balle de lin...



lundi 19 juin 2017

P comme PELERINE et COMPAGNIE

La pèlerine n'est pas simplement le vêtement que porte l'écolier ou le policier jusqu'en 1950, vêtement plus proche de la cape que de son utilisation d'origine.
La pèlerine est un vêtement couvrant les épaules par-dessus un manteau et très en vogue au XIXe siècle. Son appellation provient de son utilisation multiple : manteau pour les voyages, couverture, nappe pour les repas durant les pèlerinages au XIXe siècle.
Sa durée de vie fut assez courte car après avoir été portée par tous les milieux sociaux, elle est abandonnée progressivement au cours du XIXe siècle sauf par les femmes.
Il est assez difficile d'établir des différenciations entre les pardessus, paletots, visites, mantelets et pèlerines. Il semblerait que chaque époque voit la création de nouveaux modèles de vêtements de protection avec des noms nouveaux.
Tout comme la multitude des modèles, il y a multitudes de matières. On trouve des pèlerines longues et courtes, en toile, en velours, en dentelle, au crochet, au tricot, en fourrure... (mode d'hier et d'aujourd'hui)

 
Pèlerine en dentelle de 1830