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mardi 20 octobre 2015

TOULOUSE : DU GIBET A LA SALADE

La toponymie nous offre quelquefois des définitions pleines de surprise et certains quartiers toulousains portent des dénominations singulières.
Au nord de Toulouse se trouve le quartier de la Salade, au sud le chemin de la Salade-Ponsan. Vous me direz qu'il n'y a là rien de curieux en matière de nom excepté que l'origine de ces noms n'a rien à voir avec les activités agricoles de la ville autrefois. Au nord les activités de maraichage ne débuteront qu'au milieu du XIXe siècle et ces noms de lieux sont beaucoup plus anciens et bien moins « ruraux » que ce à quoi ils pourraient prétendre. La Salada désigne communément en occitan la place du gibet avec ses fourches patibulaires où l'on pendait et exposait les corps des condamnés.
Jusqu'à la Révolution les condamnés à mort étaient exécutés en centre ville place Saint-Georges. N'étant pas dignes d'une sépulture normale, leurs cadavres étaient pendus à l'entrée de la ville jusqu'à complète décomposition.
Cette fourche faite de deux bois entrecroisés où l'on insérait la tête du supplicié est une coutume qui remonte à l'Antiquité. Celle de Toulouse était située à l’entrée nord de la ville à un grand carrefour passant : le but était d’exposer les corps afin de dissuader les éventuels brigands de sévir dans la ville. A l'époque, les exécutions publiques était un spectacle qui attirait la foule. Des échoppes étaient installées et on peut penser que leur commerce était florissant puisque Toulouse servait alors de haute cour de justice à tout le Languedoc et que l’on dénombrait pas moins de six fourches sur cette place.
Supprimées en France au début du XVIIeme siècle, la salade de Toulouse a fonctionné jusqu’à la Révolution malgré les protestations de la population de ce quartier populaire que les odeurs nauséabondes faisaient plus qu’incommoder.
Une autre salade existait au sud de la ville. Son souvenir est rappelé par le chemin de la Salade, nom que l'on a complété par Ponsan (nom d'une métairie voisine) afin d'éviter toute confusion avec la salade du Nord, où existe toujours la place de la Salade.


Fourches patibulaires (Coutumes de Toulouse, 1296, Bibl. Nat)

1 commentaire:

  1. A Limoges il existe une rue "Monte à regret" qui menait à la place où était installé un gibet (ou était-ce une guillotine ? bref, un endroit peu recommandable) : le lien entre les deux est évident, me direz-vous ? Et bien pas du tout ! On doit le "regret" à un déformation du mot "degrés" qui signifie marche, parce que cette rue était autrefois composée d'une volée de marches. Il faut se méfier des interprétations rapides. Mais la connaissance de histoire et/ou de la toponymie nous fait découvrir un tout autre monde...
    Mélanie - Murmures d'ancêtres

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