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samedi 11 juin 2016

J comme J'ACCUSE

Rien à voir avec les Rougon-Macquart pensez-vous. Et pourtant...
Zola ne s’intéresse à l'affaire que trois ans après la condamnation du capitaine Dreyfus. Les Rougon-Macquard ont fait de lui une personnalité et le chef de file des naturalistes. Il n'a plus rien à prouver et en janvier 1898 il publie dans le quotidien l'Aurore l'article intitulé "J'accuse".
Zola, d'origine vénitienne, est aussi un étranger. Les écrivains qu'il côtoie ne cachent pas leur hostilité à l'égard des juifs, l'antisémitisme est alors très répandu dans les milieux financiers sous le Second Empire.
Pour son roman l'Argent, il se laisse convaincre par ses connaissances (Feydeau entre autre) de la "juiverie financière" et s'inspire du krach de l'Union générale survenu en 1881. L'ennemi juré de l'escroc Saccard est le banquier Gundermann dans lequel on retrouve la famille Rothschild qui avait spéculé à la baisse lors du krach. "Ah ce Gundermann, ce sale juif, qui triomphe parce qu'il est sans désirs ! C'est bien la juiverie entière, cet obstiné et froid conquérant, en marche pour la souveraine royauté du monde, au milieu des peuples achetés un à un par la toute-puissance de l'or. Voilà des siècles que la race nous envahit et triomphe, malgré les coups de pied au derrière et les crachats. Lui a déjà un milliard, il en aura deux, il en aura dix, il en aura cent, il sera un jour le maître de la terre".
En 1896 il publie dans le Figaro un article intitulé "Pour les juifs" suite à la campagne antisémite d'Edouard Drumont. En 1898, sept ans après l'Argent, il réitère sa provocation en publiant "J'accuse" dans lequel il condamne "l'odieux antisémitisme", mais aussi le cléricalisme "Quel coup de balai le gouvernement républicain devrait donner dans cette jésuitière, ainsi que les appelle le général Billot lui-même ! Où est-il, le ministère vraiment fort et d'un patriotisme sage, qui osera tout y refondre et tout y renouveler ?" 


Je citerai pour conclure Henri Mitterand : "Condamné à un an de prison par les jurés et les juges de Paris, puis par ceux de Versailles, Zola pouvait vérifier par lui-même tout ce qu'il avait deviné dans Les Rougon-Macquart : la barbarie des foules, la lâcheté des responsables politiques, la cautèle des juges et des fonctionnaires"...

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