C : le CÉLIBAT de PERCINA

Percina est mère, mère de quatre enfants mais sans père. Ce n'est pas très original sauf que nous sommes en 1859 au Portugal.
Percina nait le 28 février 1830 dans la paroisse de Caldelas près de Guimarães dans le diocèse de Braga. C'est la seconde enfant et première fille du couple formé par Manoël Marques et Mathilda Roza Rodrigues.
En 1859 Percina donne naissance à Miquelina dont le père est inconnu. En 1860 c'est Luis toujours de père inconnu. Suivent alors Maria Joaquina en 1862 et Ermelinda en 1868 toujours sans père. Le mystère reste complet sur l’identité du ou des pères de ses enfants. Ils porteront tous le patronyme de leur mère et pour chaque mariage ou chaque naissance je rencontre inexorablement « pai incognito » et « avo incognito »
Cette situation est loin d'être rare et les enfants illégitimes sont monnaie courante au Portugal, on en trouve dans tous les registres paroissiaux disponibles soit pour les plus vieux depuis 1570.

Voici l'extrait d'un billet que j'avais consacré à ce thème : Célibat et enfants illégitimes au Portugal
"Le Portugal est  un des pays de l'Europe les plus frappés par les naissances hors mariages. L'illégitimité, étroitement associée au célibat, est un trait distinctif de la démographie portugaise. Il semblerait que les pratiques matrimoniales et successorales soient une des principales causes de ce phénomène.
Les naissances hors mariage sont majoritairement présentes dans le groupe des travailleurs agricoles, situé au plus bas de la hiérarchie sociale. Les mères célibataires sont souvent des journalières (jornaleiras), des femmes travailleuses agricoles célibataires qui ont un statut marginal et dépendant car elles survivent grâce au soutien des parents, des voisins sans avoir un quelconque statut social. Elles sont souvent au plus bas niveau de l'échelle sociale, ce qui les exclut de toute participation aux "concelhos" et à la "veillée des Saints". Ces fortes proportions de naissances hors mariages semblent être acceptées malgré une forte connotation morale négative.
Dans la plupart des cas les pères de ces enfants naturels sont également en bas de la hiérarchie sociale, excepté quelques cas d'abandon de fiancées ou de servantes séduites par leur patron. Le père inconnu n'est cependant pas si inconnu que ça. En général les pères sont connus, simplement ils ne reconnaissent pas leurs enfants. Ils se marient avec une autre femme, émigrent ou encore restent célibataires.
Une fois devenus adultes, ces enfants nés hors mariage qui ont partagé le statut social de leur mère et qui n'ont qu'une filiation maternelle s'ont vus différemment. Les filles de par leur condition de femmes paysannes et la nature de leur travail (domestique, journalière) sont plus vulnérables et sont plus exposées aux conditions de perpétuer leur statut d'enfant illégitime. En effet les femmes ne pourront pas dissocier la responsabilité qu'elles portent en cas de grossesses, alors que les hommes dans la même situation ne reconnaitront pas généralement leurs enfants naturels. Toutes les vraies célibataires se situent au sommet de l'échelle sociale, alors que le bas est peuplé de filles-mères."

Que sont donc devenus les enfants de Percina ? Ses filles sont-elles devenues elles aussi filles-mères ?
Miquelina épousera en 1879 Antonio Joaquim Ribeiro, ils auront cinq enfants légitimes.
Ermelinda épousera en 1891 Antonio de Macedo.
Quant à Maria Joaquina, elle épousera le 9 avril 1887 José Marques Rodrigues âgé de 50 ans (elle en a alors 24) qui n'est autre que son oncle maternel ! Et pour cause, elle accouche en décembre 1883 de Manoël, puis deux ans plus tard en 1885 à nouveau en décembre de Joséfa. Le père de ses deux enfants n'est autre que son oncle José. Son dernier enfant nait en juin 1887 soit deux mois après le mariage de Maria Joaquina et de José. La raison ou la morale auront-elles eu une incidence sur leur mariage ? Quoiqu'il en soit José décèdera quelque mois plus tard en novembre.
Quant au seul garçon de la fratrie, Luis, je n'ai trouvé aucune trace, marié ailleurs, décédé...?

Acte de baptême de Miquelina en 1859
Archivo Alfreda Pimenta - Guimarães





Commentaires

  1. Tu m'avais parlé de cette spécificité. Bizarrement je n'ai aucun enfant illégitime parmi mes ancêtres portugais (peut-être que certaines collatérales ont été filles mères mais je n'ai pas encore poussé mes recherches dans cette direction). Comme quoi...

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    1. D'après ce que j'ai pu en lire, il semblerait que ce phénomène soit plus présent dans le nord du Portugal. Il est possible que tu en trouves peu sur Viseu.

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  2. Désolée, je me perds dans les dates de mariage de Maria Joaquina et José et les naissances de ses enfants : mariage en 1879 ok, naissances 1883, 1855 et 1855 ok, mais dernière naissance en 1866 (1886 ? pas ok) deux mois après le mariage de Mariage Joaquina (dont j'ai compris qu'il avait lieu en 1879, ? pas ok). Où je perds le fil et me trompe ?

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  3. C'est moi qui m'y suis perdue !! Effectivement en notant les différentes dates j'ai inversé les sœurs !!! C'est corrigé, merci.

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