H : l'HONNEUR de MAGDELEINE

Le 19 mai 1717 Jean-Baptiste Olivier de Bermond (30 ans) épouse Magdeleine Goussault (29 ans) en l'église Saint-Jacques de Toulouse. Auparavant le futur marié avait signifié ses trois actes de respect à son père les 12, 13 et 14 mai de ce même mois. Le mariage sera célébré avec dispense des second et troisième bans. Un contrat de mariage très succinct sera passé le 17 mai.
En 1717 Jean Baptiste est alors trésorier général de France en la généralité de Toulouse. En tant que fils aîné, cette charge lui a été achetée par son père en 1714 pour un montant de 30.785 livres 2 sols et 6 deniers. Jusque là rien de particulier.
Le 21 décembre 1717 le père de Jean Baptiste, Jean de Bermon alors ancien capitoul de Toulouse, décède. Le 16 mars de l'année suivante son testament est ouvert. Le document comprend bien entendu le testament daté du 6 janvier 1716, mais aussi un codicille en date du 1er mars 1616. Lors de la lecture de ces documents, je découvre toute la désapprobation d'un père envers le mariage de son fils mais surtout envers sa future belle-fille et je comprends alors mieux l'absence du père lors du contrat de mariage, l'absence de la famille de l'époux lors du mariage religieux et l'absence de Jean-Baptiste lors de l'ouverture du testament de son père.
Jean-Baptiste se serait-il marié avec une personne étrangère à sa condition sociale ? 

En 1716, la sœur de Jean-Baptiste Jeanne-Marie, épouse Pierre de Méric alors conseiller au Parlement. Jean de Bermon dote sa fille de 42.000 livres, somme très importante pour l'époque mais qui confirme sans doute son statut social. 
C'est la même année que lors d'un de son testament, il indique "je déclare que je voudrais bien m'empêcher de mettre au jour ce qui fait mon affliction depuis longtemps, mais les affaires de ma famille m'y engagent, c'est que je suis averti que mon fils ainé a une affection déréglée pour une étrangère et qu'il y a lieu de craindre qu'il ne l'épouse ou qu'il ne l'ai déjà fait, et quoiqu'il m'ait tout nié comme faux et supposé ce que Dieu veuille, je déclare qu'en quel temps il fit ce mariage, je le prive et les siens de l'espérance du fidéicommis auquel je l'ai appelé, et s'il l'a reçu je veux qu'il le rende à son second frère... et si ce malheur arrivait que mon fils s'oublia jusque là, je prie les juges d'ordonner à la lettre l'exécution de mon testament".
Me voici témoin d'une histoire de famille, un père mécontent du choix de son fils.
Jean de Bermon n'en a pas fini, je trouve plus loin "je déclare en outre que je ferai incessamment un codicille qui ne sera ouvert dans aucun temps et sous quel prétexte que ce soit que dans le cas que mon fils ainé épouserait ou aurait épousé cette étrangère qui est du côté de France, ce que Dieu ne veuille, ne pouvant croire qu'il l'ai fait à cause de son âge que non seulement il ne m'a pas requis d'y consentir,
s'il n'y a des actes soufflés comme il a été fait ailleurs, mais encore parce qu'il m'a eu assuré sur sa religion que tout ce qu'on m'avait dit était très faux et calomnieux".

Entre le testament et le codicille, Jean de Bermon a du être mis au courant que malgré les négations de son fils, ce dernier continuait de fréquenter cette infréquentable. L'objectif du codicille est donc de renforcer les conditions du testament : "que je ferais un codicille qui ne pourrait être ouvert en aucun cas, que tant seulement si mon fils ainé Jean Olivier Bermon, trésorier de France se mariait ou était marié avec cette fille étrangère avec laquelle on prétend qu'il est en mauvaise habitude, ce qu'il m'a toujours désavoué, laquelle on m'a dit être native de Paris, et comme dans ce cas arrivait ce que Dieu veuille, j'ai dit dans mon testament que je le déclarais indigne de recueillir le fidéicommis dont ma très chère femme est chargée par mon testament l'excluant de ma succession générale".

Outre la désobéissance de son fils et l'annulation du fidéicommis, Jean de Bermon ne semble pas enclin à laisser ses terres et ses propriétés au supposé jeune couple. Il a acheté en 1714 les terres de Saint-Paul de Jarrat dans l'Ariège, devient le second baron du pays de Foix et entend s'y retirer si la mort ne le surprend pas.
"je déclare que je me suis servi du nom de mon fils pour acquérir la terre de Saint-Paul, à cause de son privilège qui le décharge de payer les lods et ventes, que c'est dans cette seule vue et non pour le rendre propriétaire de cette terre. En effet, je l'ai payée de mes deniers comme il paraitra par les actes et mon livre, ayant depuis joui la dite terre et payé tous les frais des améliorations qui y ont été faites."
Il se dédouane ensuite de l'éducation de Jean Baptiste "je déclare que je n'ai rien négligé pour son éducation et pour le tirer de sa mauvaise habitude si l'accusation n'est pas fausse, mais que je le prive de ma succession sauf sa légitime s'il est assez malheureux d'épouser cette créature."

Mais qui était cette femme ? Qu'avait-elle donc de si déplaisant pour Jean de Bermon ?
Après bien des recherches, j'ai enfin pu mettre la main sur Magdelaine...

Acte de mariage du 17 mai 1717
AM Toulouse - paroisse Saint-Etienne


Commentaires

  1. Oh la la il n'était pas commode ! Si le seul tort de Madeleine était d'être étrangère, ce n'est pas très sympathique... Super trouvaille en tout cas.

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